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mardi 12 avril 2011

Cécile ou Noël contre Vie

 Au pays des songes, il est de coutume pour chaque enfant de recevoir à sa naissance un don des fées, un cadeau sous forme de talent qui le suivra toute sa vie.
Cependant, Il arrive que ces évènements joyeux tournent mal. On ne connaît déjà que trop la fameuse histoire de la Belle au bois dormant qui défraya la chronique en son temps.
On connaît cependant moins les petites histoires du quotidien, celles des gens ordinaires car elles sont reléguées d’office à la page des faits divers.  Pourtant, ce sont bien ces histoires qui font parfois les plus grands drames personnels comme les plus grands bonheurs.
L’histoire que je m’apprête à vous raconter est de celles-là, de ces histoires tristes et extraordinaires qui arrivent au commun des mortels et pas seulement aux têtes couronnées.

     Demoiselle Cécile est née en l’an deux du cycle du chaos.  C’est dans ce cycle que le pays des songes a subit ses plus grands changements et c’est pur cela qu’il s’appelle désormais « cycle du chaos ».
C’était une jolie petite fille aux joues roses et à la santé forte.  La petite, charmante comme un bouton de rose était issue d’une famille noble mais modeste, elle n’était ni princesse, ni servante. C’était une fille du milieu, une fille que rien ne prédestinait nécessairement à quoi que ce soit d’extraordinaire.
Bref, demoiselle Cécile était une petite fille comme il y en a tant d’autres et voici qu’emmaillotée serré dans ses langes de coton, elle attendait sa fée comme tous les bébés du pays des songes.
Malheureusement pour elle, Demoiselle Cécile était née un fort mauvais jour…

     Les choses étaient bien établies en ce temps là au pays des songes. Chaque fée était responsable d’enfants désignés par la patronne des fées. Elle recevait alors un calendrier avec la date de naissance des enfants qui lui étaient assignés, un jour un enfant, telle était la règle. C’était le travail des fées, c’était pourtant si simple…

     Pour  la petite Cécile, c’était la fée Vie qui devait lui offrir un don.  Or, si la fée Vie est parfois capable des plus beaux miracles on la sait aussi particulièrement capricieuse et versatile.
Ce jour là, Vie était de fort méchante humeur ce qui la rendait toujours bien vicieuse.
Encore aujourd’ hui, la Vie est un mystère et nul ne sait ce qui provoque ses sautes d’humeur. Certains la prétendent un peu bipolaire.
Toujours est-il que ce jour là, son pied gauche avait dû trouver le sol un peu plus vite que son pied droit.
Vie descendit les escaliers de sa petite maison et pointa un œil trouble ainsi qu’un doigt incertain sur son calendrier. Vie rouspéta, tempêta car elle n’avait aucune envie de souhaiter la bienvenue à cette Cécile inconnue, peut-être la centième Cécile de sa carrière de fée. Elle était fatiguée, elle avait froid et elle n’avait aucune envie de sortir de chez elle et pourtant elle y était obligée. Un jour, un enfant, c’était la règle.
Ainsi, Vie se rendit chez demoiselle Cécile, les cheveux hirsutes et la moue bougonne.
Elle se pencha au dessus du berceau et déclara bien fort :
«  Petite Cécile, je vois déjà dans tes grands yeux clairs que tu seras belle et grande et talentueuse aussi vais-je te faire un cadeau d’un autre ordre mais tout aussi précieux.  Cécile, je vais te donner  ce que je n’ai jamais eu, je vais te donner la liberté ! Chaque jour de ta vie ne seras que pour toi, tu n’auras jamais à t’occuper de qui que ce soit ! » Sur quoi, elle attrapa la machine à reproduction de Cécile et la cassa.

     Un cadeau fait de mauvaise grâce n’est jamais un cadeau réussit. Aussi, ce que Vie pensait sur le moment et dans toute sa mauvaise humeur être le meilleur des dons qu’elle eut jamais fait, se révéla pour la pauvre Cécile être la pire des malédictions.

     Cécile grandit sans trop comprendre la lourdeur de ce « don ». Elle s’épanouit dans l’insouciance et chaque jour n’était que pour elle.
Mais un jour, Cécile devint une femme et son instinct maternel se réveilla. Elle essaya d’avoir des enfants afin de partager avec d’autres le bonheur de ses jours et ne voyant aucun résultat, elle comprit. Elle comprit avec toute la violence des années le mauvais tour que la Vie lui avait joué.
Au début, elle se refusa de croire que le mal était absolu et elle alla voir avec sa machine à reproduction tout un tas de spécialistes qui l’observèrent sous toutes les coutures et tous les angles.  Il fallait oublier la pudeur, il fallait oublier la honte.
     Mais, ce qui est fait par les fées ne peut-être aussi facilement défait. Aussi, tous ces efforts furent-ils vains et l’on annonça à la pauvre Cécile que jamais-jamais, elle n’aurait d’enfant avec qui partager le bonheur de ses jours.
Cécile pleura longtemps. Une petite pierre d’aigreur commença à grossir dans son cœur et elle mura sa tristesse dans une forteresse de solitude.  Elle repoussa son fiancé et commença à comprendre à quel point ses jours ne serait tristement que pour elle.
A cette époque, elle faisait de longues promenades, s’asseyait sur les bancs et s’imaginait des années plus tard au même endroit vieille et seule et triste. Elle ne serait pas maman Cécile, elle serait tout au plus la vieille tantine Cécile, une tante une peu originale pour les enfants des ses sœurs.

      Mais rien n’est jamais fixe au pays des songes, parfois la chance s’en mêle. Si les choses ne peuvent facilement être défaites cela ne veut pas dire pour autant quelles sont forcément rédhibitoires…
D’autant plus que le chaos n’avait pas finit son cycle, tout pouvait encore arriver. Tout et même n’importe quoi…

     Un jour que CécileCécile pensa qu’elle devenait folle à force de solitude et secoua vivement la tête pour faire disparaître ces illusions.
C’est alors qu’elle entendit quelqu’un s’approcher .
« Mademoiselle, j’entends votre tristesse à des kilomètres à la ronde.  Que puis-je faire pour vous réchauffer le cœur? »
L’homme était jeune, plutôt séduisant, un brun de désinvolture dans le regard.
Cécile inspira profondément, elle était lasse et ne croyait pas que cet inconnu puisse quoi que ce soit à son problème.
«  Monsieur, je ne sais pas qui vous êtes mais je sais que vous ne pouvez rien pour moi. Mon cœur est lourd comme une montagne et froid comme le pôle nord et rien n’y fera. »
«  curieuse expression, il fait aussi froid au pôle sud qu’au pôle nord vous savez ? Et au moins au pôle nord, on s’amuse plutôt bien tandis qu’au pôle sud il n’y a rien ! »
Cécile ne comprenait rien aux élucubrations de cet inconnu mais elle s’en fichait pas mal, plus rien ne l’étonnait et tout l’indifférait.  Aussi ne répondit-elle pas.
«  Tony, je m’appelle Tony. »
«  Tony, vous sentez le pain d’épice. » répondit simplement Cécile comme si son prénom importait peu.
« Oui je sais, c’est à cause de cette nouvelle recette que je travaille avec mon équipe. »
«  Ah? Vous êtes dans la restauration? »…
Et une petite conversation banale s’instaura. Quand il fut temps de partir, l’inconnu se leva et déclara simplement :
« au revoir chère Cécile et à bientôt. » Cécile décolla ses yeux du spectacle de l’été qui décline mais avant qu’elle se retourne pour demander « comment connaissez vous mon nom? », Tony avait déjà disparu et l’odeur de pain d’épice avec.
Pour Cécile, à cet instant, cette rencontre n’avait pas changé sa vie mais ce qu’elle ignorait c’est que la petite pierre dans son cœur avait commencé à s’effriter.

     Cécile continua ses promenades et Tony apparaissait souvent, toujours sur le même banc. Elle le laissait venir et il lui parlait. Pas de grande conversation ni de grand discours mais il lui parlait de choses d’ailleurs qui lui faisaient penser à autre chose. Sans même qu’elle s’en aperçoive tout à fait, la présence de Tony lui devenait indispensable, sa forteresse de solitude tombait et sa petite pierre dans le cœur s’effritait.
 
       Pendant ce temps au pôle Nord…

« Ok, j’ai besoin de tous les responsables de secteurs! Je veux, les mécaniciens, les couturières, les lutins, les magiciens, les chargés de distributions, les contrôleurs qualités, je veux même les balayeurs, réunissez -moi tout le monde dans le grand hangar dans 2 heures! Le big boss nous a mis sur un gros dossier et il nous reste très peu de temps ! »
Le lutin en chef, Korri le grand  s’arrachait les cheveux pendant que sa secrétaire prenait note tout en boulottant des Lebkuchen.
Deux heures plus tard, tout le monde était amassé dans le grand hangar, curieux d’apprendre ce qu’il se passait.
Korri, essuyait frénétiquement son front transpirant tout en regardant sa montre. Big boss était en retard, il allait donc devoir faire l’annonce lui-même.
« Oyez, oyez !
Tony a trouvé sa mère Noël ! »
A cette annonce, fit écho des cris de joies. Korri poursuivit.
« Mais nous allons devoir redoubler d’efforts car malheureusement la demoiselle est bien triste et Tony veut lui offrir un cadeau bien spécial pour qu’elle croit à nouveau que tout est possible tant que Noël existe !
La fée Vie a brisé la machine à reproduction de demoiselle Cécile et il va nous falloir trouver le moyen d’en fabriquer une nouvelle ! Nous allons avoir besoin de tout le monde, toutes les idées petites ou grandes,  seront les bienvenues ! »
Partout dans le hangar on entendait des voies crier avec allégresse :
« la patron est amoureux, vive le patron ! »
«  pauvre Cécile ! Il faut l’aider ! »
« Oui ! Un défi ! C’est intéressant les défi ! »
Et aussitôt tout le petit peuple du Pôle Nord se mit en branle. Tous travaillèrent ensemble main dans la main. Partout, il y a avait des groupes de travail, des réflexions, des dessins. Les secrétaires apportaient du lait chaud à la cannelle, les ingénieurs conceptualisaient, les dessinateurs tiraient la langue pour s’appliquer sur leur feuille de papier… On demandait conseil à tout le monde et personne n’était en reste. La solidarité était grande mais c’est ainsi au Pôle Nord.
Rythmé par le son des cloches, des ciseaux qui coupent les rubans et  du pliage de papier de soie l’usine à cadeau du monde poursuivait son labeur incessant et faisait des heures supplémentaires pour  fabriquer à Cécile la plus belle surprise de son existence.  La chose n’était pas facile et le succès plus qu’incertain, on avait jamais fabriqué de machine à reproduction auparavant. Qu’importe, l’armée de lutins essayait de toutes ses forces.

      Le 25 décembre au pays des songes, quelques part sur un banc…

     Cécile emmitouflée dans son manteau d’hiver regardait la neige tomber sur le pays des songes. 
Ce matin quand elle s’était réveillée, elle avait regardé machinalement au pied du sapin mais rien ne l’y attendait. Qu’importe, aucun cadeau ne pouvait vraiment lui faire plaisir.
Elle se prépara et sortit dans l’espoir de voir Tony sur le banc, ça lui changerait les idées et lui ferait oublier que Noël n’est pas une période très heureuse pour elle. Noël est le moment du partage et Cécile n’avait ses jours que pour elle, tous ces jours, même Noël. Regarder les autres fêter la fête des enfants quand on ne peut en avoir, c’est bien difficile.  Cette année cependant, elle avait Tony et cela lui réchauffait un peu le cœur.
Elle s’était assise sur son banc désormais familier et elle attendait.
Il ne lui fit pas défaut, il arriva tout de rouge et blanc vêtu et sans la laisser parler il déclara :
« Désolé, je suis un peu en retard, je reviens juste de ma tournée, c’est long le tour du monde en une nuit ! Heureusement qu’il y a le décalage horaire sinon je ne sais pas comment je ferais ! Allez debout Cécile, aujourd’hui tu voyages, on va chercher ton cadeau ! Je vois que tu es chaudement habillée, c’est parfait ! »
Cécile ne comprenait rien mais se laissa faire sans vraiment savoir pourquoi. Il faut dire que Tony avait quelque chose de persuasif et de rassurant.
« ferme les yeux »
Cécile s’exécuta et se sentit soudain flotter, elle avait l’impression de s’endormir, lorsqu’elle r’ouvrit les yeux quel spectacle !
Il y avait un océan de glace. Tout scintillait comme du cristal au soleil. Il y avait aussi un énorme château tout décoré comme elle n’en avait jamais vu. Dans l’air, flottait des chants de Noël et l’odeur du pain d’épice. Ils pénétrèrent dans la court du château au centre de laquelle se trouvait un énorme sapin de Noël tout chargé des boules et de guirlandes.
Tony emmena Cécile au pied du sapin où reposait un tout petit paquet.
Tous les lutins, plus ou moins cachés derrière les fenêtres, les tentures, les poteaux en sucres d’orge ou les bancs en chocolat observaient, fébriles.
Sur le tout petit paquet était  inscrit le prénom « Cécile » en lettres d’or.
« Ouvre ! » lui dit simplement Tony.
Cécile défit le ruban et ouvrit le tout petit paquet. A l’intérieur se trouvait comme une boule de cristal très  fin, ciselé de magnifiques arabesques. A l’intérieur de cette boule, flottait comme une sorte de brume mais lorsque Cécile l’attrapa et qu’elle la regarda à la lumière, la brume se changea en images comme un tout petit film. Sur ce film, on voyait un graine germer et grandir pour devenir le plus solide et le plus beau des arbres, un If fort qui s’enracinait dans toute sa fierté. C’était si beau !
Tony reprit :
«  Cécile, ceci est mon royaume, je suis le patron de Noël et compagnie. Ce royaume, je t’offre de le partager avec moi car je t’aime. Sois ma mère Noël et je te promets le bonheur éternel. Plus de solitude Cécile, plus jamais ! »
Cécile leva les yeux, une larme coulait le long de sa joue.
«  Oui Tony, oui ! Je t’aimerais en retour et puisque je ne peux être maman, je serais pour un soir par an, la mère de tous les enfants du monde. »
Tony sourit, embrassa Cécile du plus long baiser de toute l’histoire des amoureux du pays des songes et dit :
« Qui a dit que tu ne pouvais pas être maman ? Première règle du Pôle Nord chère Mère Noël : RIEN N’EST IMPOSSIBLE ! »
A ce moment, les cloches du Pôle Nord se mirent à tintinnabuler de toute leur force, la boule de Crystal se brisa et toute la brume qu’elle contenait rentra dans la main de Cécile à travers sa peau. Cécile eut un frisson et elle sentit que quelque chose avait changé.
Dans son corps, une vie se formait, un petit if grandissait.
Alors tous les lutin du Pôle Nord sortirent de leur cachette en criant des « hourra! Hourra ! »
Encore une fois, Noël, la volonté et l’amour de tout un peuple de lutins imaginaires avaient triomphé. Le sort de la capricieuse fée Vie avait été rompu.

     Depuis, au Pôle Nord du pays des songes, un père Noël prénommé Tony et une mère Noël prénommée Cécile prépare le prochain noël des enfants du monde. Les usines s’activent, les lutins fabriquent, emballent, étiquettent et Korri le Grand se charge de former la relève,  le jeune Evan, prince du Pôle Nord, fils du père et de la  mère Noël.


Chérie Blossom.

Capitaine Gredin contre corsaire Malin

Il y a fort longtemps, sur un bateau craquant, claquaient la jambe de bois et le sourire narquois du capitaine Gredin.

Capitaine Gredin, autrement surnommé Gredin le Terrible, était un pirate qui avait sous ses ordres, un ramassis de canailles plus fripouilles les unes que les autres. Cet équipage sale et sans vergogne, faisait trembler les Terres et les Mers et dirigeait les Cieux.
Oui, Capitaine Gredin dit le Terrible s'était rendu maître du Ciel en volant leur place aux Dieux qui étaient partis en vacances à la Barbade un peu trop longtemps. Et comme disait souvent le vilain Gredin « Qui va à la chasse, perd sa place! »
Les Dieux s'étaient donc retrouvés sans nulle part où ramener leurs valises, contraints et forcés de rester ad vitam aeternam en tongs sur leur bord de plage et de vivre tels Robinson Crusoë et autres participants de Koh Lanta. Réduits à faire griller à bout de bâtons les crevettes pêchées par le dieu de la Guerre dans le filet à cheveux de la déesse de la Beauté, on se doute bien que les Dieux ne pouvaient plus rien pour défendre les pauvres habitants des Terres et des Mers.
Mais Gredin, qui souffrait d'insatisfaction chronique, avait un désir secret. Après les Terres, les Mers et les Cieux, c'était le monde sous-terrain qu'il voulait faire trembler. Le problème était que mis à part les morts, personne n'avait jamais mis les pieds sous terre. Gredin ne savait pas comment faire. Aussi, était-il bloqué sur les Terres, les Mers et les Cieux et ceci le rendait très aigri car il ne supportait pas que quelque chose lui résiste.
Pour passer sa colère, il décida d'attaquer et de piller tous les bateaux qui osaient encore s'aventurer sur les Eaux.
Les pauvres habitants des Terres, ne pouvant plus faire de commerce international, commençaient à souffrir de pénurie et donc, de famine.
Les Rois de tous les pays ne savaient plus quoi faire, leurs flottes militaires semblaient incapables de battre le terrible Gredin.

C'est alors que dans un coin perdu du monde terrestre, un petit marchand nommé Malin décida que tout cela était assez et que si les Dieux et les Rois ne pouvait rien pour le Peuple alors peut-être que le Peuple pouvait quelque chose pour les Dieux et les Rois. Malin était prêt à tout car il n'avait plus rien à perdre, Gredin et ses canailles lui avaient déjà tout pris. IL rassembla ses idées et les quelques marchandises qu'il restait dans sa pauvre boutique et se rendit chez son Roi afin d'obtenir un mandat pour charger un bateau civil armé et traverser les Mers sous prétexte de tenter de rejoindre le Mexique pour un échange de marchandise. Le Roi, ignorant les véritables projets de Malin, rigola de cette entreprise suicidaire et accorda son mandat à ce qu'il pensait être un pauvre fou.

Ainsi, Malin le marchand devint corsaire et la promesse des embruns lui donna un surplus de courage et d'espoir.

Non sans peine, car le Peuple est peureux de nature, il réussit à réunir quelques braves et fous pour constituer son équipage et appareilla un jour de juin à bord d'une vielle coque de noix nommée « Fier Matin » dirigée par le capitaine Smith, un marin si vieux qu'il n'avait plus d'âge.
Smith souffrait d'arthrite aiguë et son bateau de même mais ils avaient tous deux vus plus de Mers et acquis plus d'expérience que n'importe quel gaillard.
Une fois l'ancre levée et le cap mis sur le Mexique, Malin Entraîna Smith dans sa cabine afin de lui révéler ses plans.
«  Smith, Vous m'avez l'air d'un honnête homme et je regrette de vous avoir menti mais nous n'allons pas au Mexique. »
Smith eut l'air surpris mais attendait silencieusement la suite et Malin enchaîna.
«  J'avais peur que vous n'acceptiez pas la mission si je vous disais la vérité tout de go. Non, nous n'allons pas au Mexique, et ceci n'est pas une expédition marchande. Nous allons à la Barbade porter secours aux Dieux. Il faut que ceux-ci puissent enfin nous délivrer du Terrible Gredin ! »
Smith tira une longue bouffée sur sa pipe et plissa les yeux avant de répondre :
«  Une mission humanitaire donc? A la Barbade? Terriblement dangereux mon p'tit Malin ! »
Il tira une autre bouffée et secoua la tête :
« Mon p'tit Malin, chuis qu'un vieux fou qui n'a plus qu'un seul désir, rejoindre enfin le paisible royaume des morts où ma regrettée Margot m'attend. Cette mission est... »
il fit une nouvelle pause et Malin commençait à trouver ce suspens insoutenable.
«  Terriblement dangereuse et donc terriblement excitante! »
Son regard se fit plein de malice, il sourit largement et s'en alla d'un pas rapide en direction du pont.
Malin se précipita à sa suite et arriva juste au moment où Smith attrapait la barre pour réajuster son axe en beuglant joyeusement :
«  Mes amis, cap sur la Barbade! »

Ainsi, Malin, Smith et quelques braves et fous se dirigèrent vers la Barbade pour sauver les Dieux et botter quelques fesses de Gredin et canailles.

Le voyage fut long mais les connaissances du vieux Smith leur permirent d'arriver à destination sans croiser l'horrible bateau du terrible Gredin.
Mais Malin fut vite déçu car il retrouva les Dieux qui faisait une soirée feu de camps / brochettes de papaye sur leur plage et comprit vite que ceux-ci étaient incapables de sauver les Peuples.
Ce fut Média, le dieu de l'information, qui se chargea de délivrer la vérité au triste corsaire :

« Malin tes intentions sont bonnes mais vaines. Nous, les Dieux ne pouvons rien pour vous, nous ne pouvons rien tout court d'ailleurs... Même quand nous étions dans les Cieux, nous ne pouvions rien. Vous nous avez vénérés pour des pouvoirs que nous n'avons jamais eus. Nous ne vous sauverons pas. »
Malin était triste, la vérité souvent fait mal et celle-ci était cruelle.
Média, qui ne pouvait s'empêcher de tout raconter, poursuivit malgré l'abattement de son interlocuteur :
«  Nous ne pouvons rien mais nous savons tout. Tout de tout, sur tout, à propos de tout et de tous. Et nous savons que Gredin ne s'arrêtera pas là car il veut désormais conquérir le royaume sous-terrain. Désolé mon p'tit Malin, mais si Gredin trouve le moyen d'exécuter ses plans et de pénétrer le royaume d'en bas, alors c'est la Planète entière qui tremblera devant lui. Enfin, je dis ça, nous, on est pas si mal lotis sur notre plage avec nos papayes et nos crevettes grillées... »

Malin retourna au Fier Matin les épaules basses et le cœur empli de désespoir.
Smith qui savait ce qu'était le désespoir, l'invita dans sa cabine pour partager une bouteille de rhum et quelques vieux souvenirs. Ils se laissèrent aller un temps à la mélancolie et pendant que Malin pestait contre l'incapacité des Dieux et des Rois, Smith parlait de sa femme Margot qui était morte et l'attendait sagement dans le royaume sous-terrain. Soudain, Malin eut ce qui pouvait être un commencement d'idée et il se mit à questionner le vieux Smith :

« Smith, qu'est-ce que ça fait un mort? »
« Un mort, c'est un peu comme nos Dieux et nos Rois, ça ne peut rien faire. Un mort ça attend. Ça attend ce que cela souhaitait le plus au moment de son trépas. Ma Margot, elle voulait être avec moi alors elle m'attend. Quand elle était sur Terre, j'étais jamais là, « Toujours en Mer le maudit Smith ! » qu'elle disait. Sous-terre, plus jamais que j'l'a quitterai ma Margot. C't'ait une chouette fille et c't'ait c'qu'elle voulait, pi d'la mer le p'tit Malin, j'en ai assez vu! »
Le cerveau de Malin se mît à réfléchir très fort et il resservit un autre verre de rhum au vieil arthritique pour mieux le faire parler :
«  Oui, mais une fois que son souhait est réalisé, qu'est-ce que cela devient? Je veux dire, quand Margot et toi vous serez retrouvés, qu'adviendra t' il de vous? »

«  Ah ça ! Mon pt'it Malin, c't'une chose que les bouquins disent pas! Personne est jamais revenu pour le raconter ! M'enfin, si j'en crois les légendes, je pense que si notre souhait se réalise nous disparaissons dans l'éternité. »
Le regard de Malin s'éclaira tout d'un coup :
«  Smith, vous êtes un génie ! » puis, il expliqua au vieil homme ce qu'il avait en tête.

Et ainsi, Malin, Smith et l'équipage du Fier Matin se mirent en demeure de retrouver Gredin le Terrible.

Ils accostèrent sur l'île de la Tortue connue pour être le repère des plus grands pirates et le Q.G de Gredin. Là, ils se firent passer pour un équipage bandits et attendirent. Il fallut attendre une semaine avant que Gredin ne pointe la proue de son rafiot et le bout de son nez. Tout était prêt, chacun avait révisé son rôle, le plan de Malin pouvait être mis à exécution.
Ils se postèrent dans la taverne où Gredin avait ses habitudes et lorsque celui-ci entra, Smith et Malin firent mine d'entamer une dispute à propos d'une carte et du monde sous-terrain.
Ils parlèrent assez fort pour attirer l'attention de Gredin, qui n'en perdit pas une miette.
« J'te dit qu'y a rien là-bas! Rien à part des morts et de la terre! » lança Malin en faisant semblant d'avoir trop bu de rhum.
« Eh moi, j'te dis qu'y a un trésor! » répliqua Smith
« Mais ma parole, les sirènes t'ont trop soufflé dans les oreilles toi!  Fais ce que tu veux mais moi, je vais pas en mer avec un vieux fou comme toi ! Débrouille-toi avec ta moitié de carte ! »
Smith fit mine de s'énerver et de vouloir cogner Malin mais son équipage l'en empêcha et le fit sortir de la taverne en lui expliquant que se battre n'était pas bon pour son arthrite.
Malin resta seul à table et attendit que Gredin vienne le voir.
Celui-ci ne résista pas à la tentation et s'assit en face de Malin.
« Eh toi l'ami ! J'ai entendu ta dispute avec le vieux schnock, tu sais comment te rendre dans le royaume d'en bas ? » lança Gredin tout de go.
«  Pfff, ce vieux fou et moi on a récupéré deux moitiés de carte qui disent comment y aller et lui il pense que c'est pas du pipeau mais moi je dis qu'il a trop bu l'eau de mer. » répondit Malin.
Tout d'un coup, Gredin devint agressif et menaça Malin de mort s'il ne faisait pas ce qu'il disait. Il lui ordonna de vendre sa moitié de carte au vieux fou afin que celui-ci puisse partir à la recherche de son maudit trésor. Malin acquiesça en feignant un air apeuré mais dans son fort intérieur, il jubilait, Gredin avait mordu à l'hameçon.
Malin fit tout ce que Gredin lui ordonna car ce dernier le faisait probablement suivre.
Il revendit donc la carte au vieux Smith et revint auprès de Gredin pour lui annoncer que Smith lèverait l'ancre deux jours plus tard. Durant tout ce laps de temps, Malin, Smith et le reste de l'équipage devait faire semblant de ne pas être amis.

Et voici comment, deux jours plus tard, Malin appareillait à bord du bateau craquant du capitaine Gredin pour suivre de loin le Fier Matin.

L'entreprise était très dangereuse pour Malin car sur ce bateau, il n'avait pas d'allié. Si Gredin découvrait la supercherie, Malin serait aussitôt estourbi.
Mais s'il était et méchant, et brutal et cruel et sans vergogne, Gredin n'était en revanche pas très vif d'esprit. Malin avait donc peut-être une chance.
Smith, en ami fiable qu'il était, ne s'écarta pas du plan qu'ils avaient ensemble élaboré. Il fît route en direction de la crique des Brumes, un endroit où les roches se sont cassées en mille morceaux pour rendre la mer vicieuse et dangereuse. On disait que c'était l'œuvre de la Loroleï qui y attirait désormais les bateaux pour qu'ils viennent se briser sur les récifs.
Peu d'hommes étaient revenus de cet endroit mais Smith était un vieux marin et un bougre de bon capitaine, il connaissait l'endroit, il saurait y manœuvrer de manière sûre.
Gredin jubilait :
« Mais bien sur ! La crique des Brumes ! Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt? Si une porte pour le monde sous-terrain existe, il est évident qu'elle est là! La Loroleï la garde en faisant s'échouer les bateau qui s'en approchent! Aha! Bientôt, bientôt, je serai dans le monde des ténèbres pour y faire régner la peur ! »
Malin profita de ce moment d'exaltation pour semer une nouvelle graine :
« Il y a une autre chose que vous devez savoir, le moment où vous entendrez la Loroleï sera cruciale. La carte disait que si vous voulez pénétrer dans le royaume d'en-bas, il faut faire le vide total dans votre cœur pour ne souhaiter que cette simple chose : entrer dans le royaume des morts. Et c'est tout! Vous ne devez que souhaiter d'entrer, sinon la Loroleï vous prendra. »
«  Oui , oui, j'ai compris Malin, entrer et c'est tout ! Je ne suis pas stupide ! »
Pendant qu'ils discutaient, le Fier Matin avait soudainement disparu dans les brumes. On ne pouvait donc plus le suivre. Malin déclara que ce n'était pas grave, il se souvenait que la carte disait qu'il fallait se rendre sur l'île et s'enfoncer de trois lieues dans la forêt jusqu'à entendre la Loroleï.
Le pied mis à terre, Malin soufflait un peu. C'était déjà un miracle que personne n'ait été blessé jusque-là et il pensait très fort à Smith et au reste de leur équipage en espérant que ceux-ci avaient pu accoster sans heurt et rejoindre leur poste, la réussite du reste et la survie de tous en dépendait.
Malin guida Gredin dans la forêt et l'on entendit bientôt des bruits étranges et une voix de femme :
« Quuuui ooooose pénétrer mon territoire? »
Capitaine Gredin se précipita en avant.
« Moi madame, capitaine Gredin, pirate de mon état ! »
« Que désires-tu étranger? »
« Je désire pénétrer dans le royaume des morts. »
« Gare à toi si tu mens, car je sonde les âmes et rends mon jugement! »
IL y eut un moment de silence et l'on vit Gredin se concentrer très fort, cela lui faisait des rides au coin des yeux. Puis, très vite, Malin s'avança dans le dos de Gredin et quand il l'eut atteint on vit en même temps l'équipage du fier Matin sortir de sa cachette et Gredin s'écrouler au sol dans un grand cri de douleur. Malin lui avait planté une dague dans le dos.
La Loroleï n'était en fait qu'une des membres du Fier Matin, le piège avait fonctionné.
Il y eut une grande bataille entre les deux équipages, on entendait partout le choc des sabres qui se croisaient.
Pendant ce temps, Malin accompagna les derniers moments du terribles pirate Gredin.
« tu m'as piégé ! » grogna celui-ci.
«  Tu as ce que tu voulais Gredin, bientôt, tu rejoindras le royaume des morts, ton souhait est exhaussé. Et nous, peuple des Terres, des Mers, des Cieux et des souterrains nous n'auront plus peur et nous pourront aller en paix, tu ne feras plus de mal à personne. »
«  Parle pour les Terres, les Mers et les Cieux ! Même mort, je me charge de faire trembler le royaume d'en-bas ! »
« Tu ne le pourras pas Gredin ! Ton souhait le plus cher est exhaussé, tu n'y resteras pas, tu disparais aujourd'hui pour l'éternité. »
Et sur cette dernière phrase, l'on vit Gredin rendre son dernier soupir avec effroi.
Pendant ce temps, la bataille s'était terminée. Les canailles avaient été terrassées et ceux qui n'avaient pas péri ou fuit avaient été fait prisonniers. On les ramènerait aux Rois afin qu'ils soient dûment jugés.
Smith, le vieil arthritique avait tenu à se battre avec les autres, vieux fou qu'il était et il avait ré-colleté une méchante blessure, il ne s'en sortirait pas. Malin et tout son équipage s'amassèrent autour de lui afin de lui faire un dernier adieu mais il n'y eut pas de pleurs car déjà, l'âme de Smith s'envolait, le sourire aux lèvres, il allait enfin retrouver sa Margot. Tous, bien que tristes de perdre un ami, étaient heureux pour lui car c'était là tout ce qu'il désirait.
Le monde était désormais sauvé. Les Dieux retournèrent dans les Cieux où ils s'aménagèrent une plage artificielle.
Les Rois purent reprendre leur guerre entre eux, prétextant que c'était bon pour la prospérité des pays.
Les Peuples n'avaient plus faim car le commerce international avait repris.
Quant à Malin et l'équipage du Fier Matin, ils furent couverts d'or mais surtout, ils étaient devenus amis pour la vie.